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Bulletin n°16

Conte populaire


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Le témoin

Un vieil usurier avait prêté 30 ligatures (*) à un paysan miséreux. Avec les intérêts qui s'étaient amoncelés, il fut impossible au paysan de rembourser son redoutable créancier.
Un jour, l'usurier vint chez ce dernier réclamer son argent pour l'énième fois. La maison était vide. Seul jouait dans la cour un petit enfant.
- Où sont tes parents ? demanda le richard.
Silence du gosse.
- Je te demande où sont tes parents ? Gare à toi si tu continues à faire la forte tête !
Le gosse de répondre avec une lenteur étudiée :
- Mon père est allé décapiter les plantes vivantes et planter les mortes. Ma mère est allée faire commerce de vent !
L'usurier se creusait la cervelle sans comprendre ce que voulait dire le gosse. Il le supplia en vain d'expliquer le sens de ces paroles.
- Si tu me le dis, je vous tiens quitte de la dette ! lâcha-t-il à la fin en guise d'appât.
- Vous cherchez à me mettre en boite, Monsieur !
- Mais non, parole d'honneur !
- Qui sera témoin de votre promesse ?
- Le margouillat qui rampe sur le rebord de ce bol !
- Bon pour le margouillat ! Mon père est allé repiquer le riz et ma mère vendre des éventails.
Or, le vieux renard qui n'avait pas plus l'intention de faire un cadeau au père que de tenir sa parole au fils, revint réclamer ses ligatures.
- Tu ne lui dois plus rien, papa, dit l'enfant. L'autre jour il m'a fait solennellement remise de notre dette.
- Sacré menteur ! rugit l'usurier.
- J'ai un témoin, ne l'oubliez pas !
Le vieil avare s'en fut porter plainte.
- Je ne nie pas la dette, déclara le paysan au mandarin enquêteur. Mais mon fils soutient formellement que Monsieur le richard lui a donné sa parole de nous en tenir quitte.
On convoqua l'enfant qui raconta ce qui s'était passé.
- As-tu la preuve de ce que tu avances ? lui demanda le mandarin.
- J'ai un témoin !
- Amène le ici, menteur ! ricana l'usurier.
- Excellence, répondit l'enfant imperturbable, Monsieur que voici a pris lui-même à témoin un margouillat qui rampait sur une colonne de ma maison !
- ll ment, Monsieur le mandarin ! Le margouillat était sur le rebord d'un bol et non sur une colonne !
Le mandarin qui savait apprécier l'esprit et cultivait l'équité, se mit à rire :
- Tu t'es trahi, usurier parjure ! Les coups de rotin que tu vas recevoir t'apprendront à respecter ta parole, même celle donnée à un enfant.

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(*) ou sapèques.

CONTES POPULAIRES
Collection HIBICUS
FLEUVE ROUGE
Editions en langues étrangères
Hanoï-1986

A suivre...

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