Bulletin n°18

Informations Paludisme (I)



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[ Qu'est-ce-que le paludisme ? ][ Alphonse Laveran ]
 
Par Denis DELAVAL
Voici aujourd’hui le premier article d’une série consacrée au paludisme. Quelle idée allez-vous me dire, de parler du paludisme ? Eh bien, pour nous, membres d’Hoa Trang - Fleur Blanche, qui avons une vocation humanitaire, le sujet est fort à propos et mérite d’être approfondi ! Vous pensez, j’en suis presque sûr, que sous notre latitude, le paludisme n’est qu’une banale affection exotique en voie d’extinction que nos aïeux ramenaient en souvenir de leurs campagnes colonisatrices. Détrompez-vous ! Il sévit depuis la nuit des temps et ni la médecine ni la pharmacie n’ont encore réussi à l’exterminer. Le paludisme a encore de beaux jours devant lui. Votre corps sera parcouru de frissons (paludisme oblige ! ! ! ) quand vous prendrez connaissance des chiffres qui vous en diront bien plus que je ne peux le faire…

Pour deux milliards d’individus répartis dans une centaine de pays, le paludisme reste une menace quotidienne. L’Organisation Mondiale de la Santé (l’OMS) considère le paludisme comme une “ priorité mondiale ”. Pourquoi ne le serait-il pas non plus pour Hoa Trang ?  La lutte contre le paludisme pourrait être, par exemple, une des prochaines missions humanitaires de notre association… Je soumets donc ce sujet à nos têtes pensantes. Toujours d’après l’OMS, 300 à 500 millions de nouvelles personnes sont frappées chaque année par le paludisme qui détient le triste record de 2 millions de décès par an. Pour être plus parlant, une personne succombe à ses attaques toutes les 15 secondes…

Le paludisme est donc une maladie préoccupante surtout dans les régions endémiques que sont l’Afrique tropicale, l’Asie du Sud-Est et l’Amérique latine. Si le continent africain est le plus massivement atteint, il faut garder présent à l’esprit qu’en France, 5.000 cas d’accès palustres d’importation surviennent chaque année à cause de l’explosion de l’activité touristique internationale. On entend par cas d’importation, les voyageurs qui contractent la maladie pendant leur séjour à l’étranger mais qui ne la déclarent qu’après leur retour. La plupart d’entre eux sont des voyageurs imprudents mais attention, il est facile d’être imprudent quand on sait qu’une seule piqûre de moustique suffit pour être contaminé !

Au Viêt Nam, ne l’oublions pas, puisque c’est le sujet qui nous préoccupe, 383.000 paludéens étaient recensés au début de 1999. Le projet national vietnamien de prévention et de lutte contre le paludisme se fixe cette année pour objectif une diminution de l’ordre de 10% du nombre de personnes atteintes et de 5% du nombre de décès par rapport à 1998. Une enveloppe gouvernementale de 56 milliards de dôngs est prévue à cet effet, sans compter les prêts de la Banque Mondiale ni les aides internationales.

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Mais qu’est-ce que le paludisme ?

C’est une maladie parasitaire fébrile produite par un protozoaire parasite du sang, le “ Plasmodium ” anciennement dénommé “ Hématozoaire de Laveran ”, transmis par un Culicidé (traduisez par moustique) de genre “ Anopheles ”. Quatre espèces de Plasmodium provoquent le paludisme. Une seule est mortelle. Je me ferai un plaisir de vous les présenter plus amplement lors du prochain numéro du bulletin d’Hoa Trang - Fleur Blanche.

Longtemps appelé “ Fièvre des Marais ” ou “ Malaria ” du latin “ mala aria ” qui signifie “ mauvais air ”, le paludisme, mot apparu en 1884, tire sa racine de “ palus, paludis ” désignant le marais. On retrouvait, jadis, plus fréquemment cette maladie à proximité des marais, là où pullulent par excellence les moustiques.
Le palu (pour les intimes !) figure parmi les pires fléaux qui ont frappé l’humanité depuis l’Antiquité, modifiant souvent profondément le cours de l’histoire. Ainsi, la malaria n’est pas étrangère à la décadence des civilisations grecque et romaine, ni à la chute de l’Empire. Sans elle, le destin d’Alexandre ne se serait pas arrêté à l’apogée de sa gloire militaire. La malaria est intimement liée à différents événements tels la conquête de Madagascar, la construction du canal de Panama ou encore la guerre du Pacifique… En 1921 en URSS, trois millions de décès sont imputés à une épidémie d’une rare ampleur et pourtant le climat n’y est pas vraiment tropical…
Jusqu’en 1880, on ne savait rien, absolument rien sur l’origine de cette maladie, ni sur les conditions de sa contagion.
 

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Alors intervient Alphonse Laveran qui aperçoit l’hématozoaire.

Né en 1845 à Paris, Alphonse LAVERAN fait ses études de médecine à Strasbourg. Lors de la campagne de 1870-71, il est engagé au sein de l’Armée de l’Est. A la fin du conflit, il est nommé agrégé du Val-de-Grâce. Plus tard, il part pour l’Algérie et exerce la médecine et la chirurgie à l’hôpital militaire de Constantine. Les légionnaires atteints de malaria y affluent. Chaque jour déverse un nouveau contingent de fiévreux que le docteur Maillot traite d’ailleurs avec succès par la quinine, sans connaître les causes de la maladie. LAVERAN est perplexe devant une telle situation : “ Mais quels miasmes présents dans l’air des marais peuvent bien donner une telle fièvre ? ” LAVERAN va chercher. Bien rodé aux techniques de la bactériologie, il s’attaque à la question dans son petit laboratoire du service sanitaire. N’oublions pas que nous sommes à la fin des années 1870 et que la technologie de l’époque est encore bien rudimentaire. Grâce aux autopsies qu’il pratique sur les paludéens (et Dieu sait si la matière première est abondante !), il remarque que leurs organes sont anormalement foncés et que leurs vaisseaux sanguins contiennent des grains de pigment noir. Il étudie ceux-ci au microscope et découvre alors qu’ils sont présents dans les globules blancs et sur les globules rouges. Des corpuscules semblables, mais cette fois dépourvus de pigment, se retrouvent à l’intérieur même des hématies et là, à mesure qu’ils grandissent, ils se pigmentent de noir pendant que les globules rouges qui les hébergent, pâlissent… Il en conclut que le pigment noir se forme aux dépens de l’hémoglobine.

LAVERAN en est là dans ses recherches quand, le 6 novembre 1880, date historique dans la biographie du paludisme (C’est le 1515 des Plasmodium ! ! !), il aperçoit sur les bords d’un des petits corps sphériques pigmentés quatre “ tentacules ” animés de mouvements très vifs… LAVERAN vient de faire une découverte capitale, celle de l’existence d’un être vivant parasitant le sang.

Mais le plus difficile pour LAVERAN restait à faire. Car il va lui falloir une dizaine d’années de lutte opiniâtre afin que le monde dit “ savant ” admette définitivement et irrévocablement l’existence de ce parasite microscopique et lui trouve une place dans la classification animale. On le rangera dans l’Embranchement des Protozoaires, dans la Classe des Sporozoaires, dans le genre Plasmodium. On l’appellera Hématozoaire.
Une énigme restait encore à élucider : celle de la transmission du parasite…

Cette fois, c’est l’Anglais Ronald Ross qui accuse l’anophèle de transmettre le paludisme. En 1884, un médecin anglais des douanes chinoises d’Amoy, Patrick Manson, démontre que les moustiques sont les vecteurs d’un parasite humain, la filaire de Bancroft, responsable de la filariose qui sévit aussi dans les régions tropicales. LAVERAN, mais aussi Manson, supposent que ces diptères sont également responsables de la propagation du paludisme. LAVERAN en conclut que le passage de l’homme malade à l’homme sain ne peut se faire que par l’insecte. Mais c’est à Ronald ROSS qu’en revient la démonstration. Médecin militaire en Inde, il trouve en 1897 le parasite identifié par LAVERAN dans la paroi de l’estomac du moustique. Je m’imagine il y a cent ans, sans informatique, sans scanner, sans laser, sans microscope électronique à balayage, sans grand moyen d’investigation, en train d’étudier au fin fond de la brousse la paroi de l’estomac d’un moustique… Toujours est-il que cette prouesse a été réalisée par Ronald ROSS et que le soir même, grisé par cette enthousiasmante découverte, il compose un poème dédié à son épouse et dans lequel il s’adresse au parasite en ces termes :

“J’ai vu tes semences perfides Ô meurtrières par millions ! …”
Ce n’est que l’année suivante que Ronald ROSS démontre que les protozoaires d’un oiseau infecté sont transmis par les moustiques à un oiseau sain et que seuls les anophèles sont capables de le faire.
Bastianelli, Bignami et Grassi, trois bactériologistes italiens, démontrent, quant à eux, que l’anophèle transmet bien de la même manière la maladie d’homme à homme, grâce aux sacrifices de leurs assistants qui se sont prêtés aux inoculations. Je ne dirai jamais s’ils s’y sont prêtés de gré ou de force mais je constate qu’il est de loin préférable d’être chef que sous-chef…

En 1883, LAVERAN est de retour au Val-de-Grâce et occupe la chaire d’Hygiène militaire et de Clinique médicale quand il est nommé Médecin Principal puis Directeur du Service de Santé du XI° Corps. En 1897, il démissionne totalement de cette haute carrière militaire pour se consacrer, corps et âme, à ses chers petits protozoaires pathogènes qu’il affectionne beaucoup plus que les galons et les honneurs militaires qui lui sont dus.

Il mène alors une enquête de grande envergure sur les moustiques du Midi de la France, de l’Algérie et des colonies afin de confirmer que le paludisme n’est présent que là où pullulent les anophèles.
 

A suivre…

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