


Le paludisme est donc une maladie préoccupante surtout dans les régions endémiques que sont l’Afrique tropicale, l’Asie du Sud-Est et l’Amérique latine. Si le continent africain est le plus massivement atteint, il faut garder présent à l’esprit qu’en France, 5.000 cas d’accès palustres d’importation surviennent chaque année à cause de l’explosion de l’activité touristique internationale. On entend par cas d’importation, les voyageurs qui contractent la maladie pendant leur séjour à l’étranger mais qui ne la déclarent qu’après leur retour. La plupart d’entre eux sont des voyageurs imprudents mais attention, il est facile d’être imprudent quand on sait qu’une seule piqûre de moustique suffit pour être contaminé !
Au Viêt Nam, ne l’oublions pas, puisque c’est le sujet qui nous préoccupe, 383.000 paludéens étaient recensés au début de 1999. Le projet national vietnamien de prévention et de lutte contre le paludisme se fixe cette année pour objectif une diminution de l’ordre de 10% du nombre de personnes atteintes et de 5% du nombre de décès par rapport à 1998. Une enveloppe gouvernementale de 56 milliards de dôngs est prévue à cet effet, sans compter les prêts de la Banque Mondiale ni les aides internationales.
Longtemps appelé “ Fièvre
des Marais ” ou “ Malaria ” du latin “ mala aria
” qui signifie “ mauvais air ”, le
paludisme,
mot apparu en 1884, tire sa racine de “ palus, paludis ”
désignant le marais. On retrouvait, jadis, plus fréquemment
cette maladie à proximité des marais, là où
pullulent par excellence les moustiques.
Le palu (pour les intimes !) figure parmi
les pires fléaux qui ont frappé l’humanité depuis
l’Antiquité, modifiant souvent profondément le cours de l’histoire.
Ainsi, la malaria n’est pas étrangère à la décadence
des civilisations grecque et romaine, ni à la chute de l’Empire.
Sans elle, le destin d’Alexandre ne se serait pas arrêté à
l’apogée de sa gloire militaire. La malaria est intimement liée
à différents événements tels la conquête
de Madagascar, la construction du canal de Panama ou encore la guerre du
Pacifique… En 1921 en URSS, trois millions de décès sont
imputés à une épidémie d’une rare ampleur et
pourtant le climat n’y est pas vraiment tropical…
Jusqu’en 1880, on ne savait rien, absolument
rien sur l’origine de cette maladie, ni sur les conditions de sa contagion.
Mais le plus difficile pour LAVERAN restait
à faire. Car il va lui falloir une dizaine d’années de lutte
opiniâtre afin que le monde dit “ savant ” admette définitivement
et irrévocablement l’existence de ce parasite microscopique et lui
trouve une place dans la classification animale. On le rangera dans l’Embranchement
des Protozoaires, dans la Classe des Sporozoaires, dans le genre Plasmodium.
On l’appellera Hématozoaire.
Une énigme restait encore à
élucider : celle de la transmission du parasite…
Cette fois, c’est l’Anglais Ronald Ross qui accuse l’anophèle de transmettre le paludisme. En 1884, un médecin anglais des douanes chinoises d’Amoy, Patrick Manson, démontre que les moustiques sont les vecteurs d’un parasite humain, la filaire de Bancroft, responsable de la filariose qui sévit aussi dans les régions tropicales. LAVERAN, mais aussi Manson, supposent que ces diptères sont également responsables de la propagation du paludisme. LAVERAN en conclut que le passage de l’homme malade à l’homme sain ne peut se faire que par l’insecte. Mais c’est à Ronald ROSS qu’en revient la démonstration. Médecin militaire en Inde, il trouve en 1897 le parasite identifié par LAVERAN dans la paroi de l’estomac du moustique. Je m’imagine il y a cent ans, sans informatique, sans scanner, sans laser, sans microscope électronique à balayage, sans grand moyen d’investigation, en train d’étudier au fin fond de la brousse la paroi de l’estomac d’un moustique… Toujours est-il que cette prouesse a été réalisée par Ronald ROSS et que le soir même, grisé par cette enthousiasmante découverte, il compose un poème dédié à son épouse et dans lequel il s’adresse au parasite en ces termes :
“J’ai vu tes semences perfides Ô meurtrières par millions ! …”Ce n’est que l’année suivante que Ronald ROSS démontre que les protozoaires d’un oiseau infecté sont transmis par les moustiques à un oiseau sain et que seuls les anophèles sont capables de le faire.
En 1883, LAVERAN est de retour au Val-de-Grâce et occupe la chaire d’Hygiène militaire et de Clinique médicale quand il est nommé Médecin Principal puis Directeur du Service de Santé du XI° Corps. En 1897, il démissionne totalement de cette haute carrière militaire pour se consacrer, corps et âme, à ses chers petits protozoaires pathogènes qu’il affectionne beaucoup plus que les galons et les honneurs militaires qui lui sont dus.
Il mène alors une enquête
de grande envergure sur les moustiques du Midi de la France, de l’Algérie
et des colonies afin de confirmer que le paludisme n’est présent
que là où pullulent les anophèles.
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