Bulletin n°19

GREFFES


[ Sommaire du Site ][ Liste des bulletins ][ Retour ]
 

La peau de grenouille au secours des grands brûlés

 Dans les pays du Tiers Monde où il n'est évidemment pas question de produire des substituts cutanés de culture, comment fait-on pour soigner les brûlés ? Une seule solution : le système D. Une solution qui donne parfois des résultats étonnants, comme nous avons pu le constater à l'institut national des brûlures Le Huu Trac, à Hanoï (Vietnam). Malgré des installations vétustes et un matériel rudimentaire, les médecins vietnamiens parviennent à tirer d'affaire des brûlés sérieusement atteints.

Ces guérisons ont une explication. Elles ont pour origine un environnement microbien favorable, un personnel soignant nombreux et dévoué, mais surtout une technique originale de greffe de peau. Elle a été mise au point, durant la guerre du Vietnam, par un médecin militaire, le Professeur Le The Trung, pour venir en aide aux victimes du napalm et des bombes à phosphore. Au début rien que de plus classique.

Avant de pratiquer la greffe, le patient est préparé selon les règles édictées dans les manuels de l'infirmier de campagne, les seules applicables dans un pays pauvre. On commence par le plonger dans un bain d'eau froide stérile pendant 20 minutes, puis on applique sur sa plaie un pansement sec compressif, afin de diminuer les pertes de liquide par l'organisme. Ensuite, on lui fait boire de l'eau additionnée de sucre et de sel de cuisine, et on le transfuse avec du sérum physiologique.

Enfin, après lui avoir administré quelques comprimés d'antibiotiques, le patient est prêt pour l'opération. La technique employée consiste à recouvrir la plaie avec de la peau de grenouille, afin de l'isoler du milieu extérieur. Puis la peau est taillée en bandes, à la façon de ces rideaux qui, dans le midi, servent à protéger du soleil. Une bande sur deux est ensuite enlevée, et, dans les emplacements libres, on greffe à la place des bandes de peau saine, prélevées sur le patient.

Progressivement les bandes d'autogreffe s'élargissent au détriment des bandes de peau de grenouille, qui dégénèrent. Finalement, les bandes d'autogreffes finissent par se rejoindre. Les deux phénomènes s'adaptent si harmonieusement qu'il n'y a pas de plaie apparente.

Cette technique marche aussi bien que celle utilisant de la peau de cadavre. De toute façon, on ne peut pas faire autrement, pour des raisons de crédits et religieuses, la mort étant taboue. En revanche, il est facile de se procurer de la peau de grenouille. "Il suffit de se baisser pour en avoir" commente le Professeur Le The Trung. Joignant le geste à la parole, il désigne du doigt la rizière entourant l'hôpital d'où monte le coassement envoûtant des batraciens. Aucune infection n'est à craindre pendant le traitement des patients, car l'hôpital bénéficie d'un environnement microbien favorable. Sa position dans la banlieue d'Hanoi, en pleine campagne, le met à l'abri de toute pollution. Par ailleurs, la brise légère qui passe à travers ses larges baies sans fenêtre renouvelle en permanence l'air ambiant.
Cette technique révolutionnaire a valu au Professeur Le The Trung une réputation mondiale.

Extrait de l'article " Sauver la peau des brûlés " de Pierre Rossion dans
le numéro d'octobre 1999 de la revue Science & Vie

[ Haut de page ]
[ Sommaire du Site ][ Liste des bulletins ][ Retour ]