


microscope,
quelques gouttes de sang d'un paludéen que vous colorez correctement
après les avoir étalées entre lame et lamelle et vous
observez. Tous les Plasmodiums se caractérisent par un corps
nu. N'oubliez pas qu'ils sévissent surtout sous les tropiques et
que le naturisme n'est pas réservé à la seule espèce
humaine. Ils logent toujours à l'intérieur d'une cellule,
ils ne se nourrissent que par osmose et se reproduisent de deux manières
différentes, soit par sporogonie, soit par schizogonie (ça
par contre, nous les humains, on ne sait pas faire!).
Après avoir été fécondée,
l'anophèle femelle a besoin d'un premier repas sanguin afin de stimuler
son ovogenèse. Ainsi repue, l'anophèle femelle entame son
cycle gonotrophique qui va durer de 1 à 5 jours selon les espèces
mais aussi selon la température extérieure. Il se terminera
par la ponte que la femelle effectue à la surface des eaux. L'éclosion
des œufs donne naissance à des larves aquatiques (elles n'ont guère
le choix puisqu'elles naissent sur l'eau) se nourrissant de plancton. Selon
les espèces, les larves préfèrent des eaux propres
et limpides ou au contraire des eaux saumâtres, des eaux courantes
ou des eaux stagnantes, des eaux ensoleillées ou des eaux abritées…
Après trois mues successives, les larves se transforment pour 48
heures en nymphes avant de devenir des adultes ailés et zélés.
Seules les femelles sont hématophages et donc vectrices du paludisme.
Leur activité est nocturne, leur vol silencieux, leur piqûre
peu douloureuse, contrairement aux Culex, nos bons vieux moustiques bien
de chez nous dont les piqûres peuvent ravager votre épiderme
de lésions de grattage.
Leur distance de vol est variable selon
les espèces (disons 1.500 mètres en moyenne). Le vent peut
les emporter à plusieurs dizaines de kilomètres et les anophèles
ont vite compris qu'ils pouvaient agrandir leur périmètre
d'action en s'engouffrant dans nos moyens de transport contemporain. On
les retrouve ainsi clandestinement dans les bateaux et les avions, quittant
leur habitat naturel pour une destination inconnue. C'est ainsi que des
épidémies de paludisme peuvent survenir un peu partout, notamment
à proximité des aéroports.
Certaines espèces sont domestiques
et s'installent dans les habitations humaines, d'autres sont sauvages et
n'y pénètrent jamais, d'autres enfin sont semi-domestiques,
se nourrissant dans les maisons mais vivant à l'extérieur.
Chez Plasmodium vivax et Plasmodium
ovale, les mérozoïtes peuvent à nouveau parasiter
des hépatocytes sains, assurant ainsi la persistance du cycle exoérythrocytaire
générateur de rechutes de paludisme à longue distance
pouvant se répéter un nombre indéfini de fois. Les
rechutes à long terme sont dues aussi à des formes quiescentes
de sporozoïtes qu'on appelle alors hypnozoïtes qui seraient des
souches à période d'incubation très prolongée.
Le mérozoïte, nous venons
de le voir, ayant pénétré par effraction dans notre
hématie, encore appelée érythrocyte ou
plus
communément globule rouge, il se transforme en trophozoïte.
Il se nourrit par osmose aux dépens de l'hémoglobine transportée
par la dite hématie. Son développement au sein du globule
rouge et la division de son noyau donnent naissance à un corps en
rosace. C'est le schizonte endoérythrocytaire. C'est le fameux hématozoaire
que LAVERAN, vous vous en souvenez, a découvert le 6 Novembre 1880…
Voilà qui ne nous rajeunit pas! A maturité, ce schizonte
éclate à son tour et se transforme en mérozoïtes
comme précédemment. Libérés dans le courant
sanguin, ils parasitent instantanément de nouvelles hématies…
C'est ainsi que la quantité d'hématies parasitées
finit par être importante. Nous venons de survoler la phase sanguine
ou endoérythrocytaire de la schizogonie.
Chez Plasmodium falciparum, les
formes endoérythrocytaires persisteraient dans la circulation sanguine
et l'on observerait des accès palustres pendant plusieurs mois.
Dans ce cas, la phase exoérythrocytaire est unique, ce sont les
phases endoérythrocytaires qui sont multiples. On ne parle plus
alors de rechute mais de reviviscence. Il en est de même pour Plasmodium
malariae dont les formes endoérythrocytaires auraient une évolution
très lente.
Phase exoérythrocytaire et Phase
endoérythrocytaire constituent le cycle schizogonique ou asexué
des Plasmodiums chez l'homme. Ils se reproduisent dans notre organisme
sans intervention des cellules sexuées.
L'éclatement synchrone des schizontes
endoérythrocytaires, et par conséquent des globules rouges
qui les abritent, libère des substances pyrogènes responsables
des accès thermiques brutaux. Souvent le premier accès fébrile
peut passer inaperçu du fait du nombre peu important d'érythrocytes
parasités. Mais vous l'avez compris, les autres accès vont
vous secouer au maximum. Pour que vous vous aperceviez d'un accès
fébrile net, voici à titre indicatif les concentrations minimales
en mérozoïtes que vous devez :
Je suis satisfait de remarquer que le sujet se dédramatise dans votre esprit et que vous n'êtes encore pas arrivés à saturation car il m'est impossible d'achever ce deuxième chapitre sur le paludisme sans boucler la boucle… Je dois maintenant vous entretenir du cycle sexué ou sporogonie des Plasmodiums car eux aussi, comme tout être vivant, ont une vie sexuelle. Dans notre mariage à trois, la vie sexuelle des Plasmodiums ne se fait pas avec nous, mais avec les Anophèles. Ne me demandez pas pourquoi ? La vie est ainsi faite !
Après que les mérozoïtes libérés par les schizontes endoérythrocytaires vous aient secoués intensément en tierce ou en quarte, les nouveaux schizontes se mettent cette fois à libérer des cellules sexuées: des gamètocytes mâles et femelles. Ces gamètocytes sont parfaitement inoffensifs pour nous et ils vont voyager tranquillement pendant plusieurs mois dans notre organisme, ballottés qu'ils sont par notre flux artériel et veineux… Ils ont une importance épidémiologique majeure, ce sont eux qui, en poursuivant leur développement chez l'anophèle femelle, vont assurer la transmission du paludisme.
Les gamètocytes attendent qu'un
jour nous laissions nos parties découvertes à la merci d'une
femelle Anophèle affamée… Celle-ci se jette sur notre chair
tendre de touriste occidental et se gargarise de notre sang chaud, mais
la belle, sans le savoir, nous débarrasse en même temps de
quelques trophozoïtes, schizontes, mérozoïtes et gamètocytes…
et tout ce petit monde se retrouve brassé dans l'estomac de Madame
Anophèle.
Le gamètocyte mâle s'exflagelle
et se transforme en 4 à 8 microgamètes mobiles. Le gamètocyte
femelle expulse ses corpuscules chromatiniens pour se transformer en macrogamète.
L'union micro-macro aboutit à un ookinète ou œuf mobile qui
traverse la paroi de l'estomac pour se fixer sur la partie externe de celui-ci.
L'ookinète en se fixant devient un oocyste dans lequel vont s'individualiser
les sporozoïtes qui, une fois libérés, vont élire
domicile dans les glandes salivaires de l'anophèle femelle. Sa salive
infestante sera à l'origine de la contamination d'un autre humain
sain!
Non, je ne me suis absolument pas inspiré
de la dictée de Pivot, je viens tout simplement de vous narrer les
plus belles heures de la vie des Plasmodiums, mais aussi les plus
horribles de votre existence si c'est vous que l'Anophèle femelle
avait choisi pour festoyer…
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