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Bulletin n°41Les Mets et les Mots |
| [ Sommaire du Site ] [ Liste des bulletins ] [ Retour ] | dernière modification : 17-Aoû-2007 |
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Anne VERNET |
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Hanoi, juin 2006 Sur la page intérieure de la carte des menus du restaurant d’application d’Hoa Sua, un adage dit à peu près ceci : « Les mets font plus pour le rapprochement des peuples que la diplomatie ». Mes pensées soudain vagabondent. Par goût et peut-être aussi par conviction, je ne suis pas loin de croire que la littérature aussi sert de puissant trait d’union entre des pays très différents. Certains articles lus n’abordent ce sujet que sous un angle plutôt politisé : liberté d’écriture, politique culturelle, influences chinoises et françaises, ... La température extérieure flirte avec les 40°... La climatisation est en panne. Pourtant les serveurs s’activent toujours avec le sourire. Les esprits sont plutôt engourdis, et au 28A Ha Hoi, j’en reviens plus prosaïquement aux nourritures ... pour le corps. Les nouilles garnies et autres brochettes de poissons grillés sont dans nos assiettes, pour notre plus grand plaisir. La littérature attendra... La Lorraine, octobre 2006 La marraine de notre fille aînée m’offre un petit ouvrage de NGUYEN Quang Thiêu (1). Ce recueil de nouvelles sera finalement le premier livre traduit du vietnamien que je lirai. J’apprends que l’auteur vit dans un village traversé par le fleuve Day, près de Hanoi, village encore rythmé par une vie paysanne pleine de traditions. Elles sont aussi difficiles, et de grandes peines côtoient quelques rares moments de grâce et de joie, pour ces gens ordinaires. L’art de la nouvelle exige de planter rapidement le décor et l’état d’esprit des protagonistes. NGUYEN Quang Thiêu y parvient magnifiquement, mais la plongée dans l’univers de ses personnages est parfois brutale, sans « précautions » pour le lecteur occidental... Après avoir accepté de me laisser « déranger », j’ai pris beaucoup de plaisir à la découverte d’un Vietnam plein de superstitions. Comme dans « Le rêve étrange de l’honorable monsieur Ba Nhuan » : C’était une femme toute petite, la mère de monsieur Ba Nhuan ; toute petite, avec plein de rides et un teint foncé à la mode d’autrefois. Lorsqu’elle était encore de ce monde, tous les soirs, elle faisait venir Ba Nhuan auprès d’elle ; elle s’agenouillait devant l’autel des ancêtres et récitait ses prières, tout en égrenant un chapelet de corne polie. (...) Il se cachait derrière une colonne et observait sa mère absorbée dans ses prières. Celle-ci avait par moment de brusques soubresauts : son corps entier menu et tout ratatiné semblait faire un bond, comme mû par un ressort. Après chacun de ses mystérieux sursauts, l’enfant s’approchait doucement de sa mère et demandait : Qu’est-ce qu’il y a, Maman ? Rien, rien du tout mon chéri. Et avec un frémissement craintif, elle disait : Apprends tes leçons, maintenant, va ! (...). En grandissant, il fut de plus en plus intrigué par cet étrange comportement. Tu es grand, lui dit-elle un jour, maintenant, je peux répondre à ta question. Ce chapelet me vient de ta grand-mère. Le jour où tu es né, il s’est produit une grosse ébréchure sur une des perles, la vingt et unième. Pourquoi ? Comment ? ...Mystère ! Mais depuis ce jour, lorsque je dis mes prières, au moment où j’arrive à cette perle-là, je me pique le doigt ... et à chaque fois, c’est comme si je faisais un faux pas...
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