Bulletin n°41

"Nungs, Tays, Mans, Daos, Kihns et Vosgiens : les ethnies se rencontrent..."

 

dernière modification : 05-Sep-2007

 
Flavie
NAJEAN

Sortir des sentiers battus…

 

Repiquage du riz près de Cao Bang
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Nous avons souvent évoqué notre « retour » au Viêt-Nam, après notre rencontre avec Rose en 1998, mais chaque fois, la première concernée nous répondait qu’elle préférait aller en Corse, en Italie, en Bretagne, à Paris… Mais l’été dernier, en rentrant de vacances, elle nous a dit qu’elle était prête. Après de nombreuses séances de travail familiales, nous avons opté pour : moins longtemps mais avec de meilleures conditions météo, soit les 15 premiers jours d’avril (au lieu de 3 semaines en août). Nous avons dû revoir notre périple à la baisse, compte-tenu du nombre limité de journées dont nous allions disposer. Nous avions envie d’en voir le maximum, tout en prenant le temps de regarder et de rencontrer des gens, ce qui n’était pas très compatible. Sur une carte, le Viêt-Nam a l’air tout mince et tout petit… Méfiance, la moindre petite route de montagne est un piège pour l’organisateur. D’une part, parce que 30 km en montagne prennent jusqu’à 2 bonnes heures dans un vieux 4x4, d’autre part, parce qu’on a envie de s’arrêter tout le temps : c’est beau, c’est grandiose, c’est drôle, c’est vivant, c’est plein de surprises, de petits villages, de grands marchés, de paysages invraisemblables… D’une boucle géante, nous sommes raisonnablement revenus à un tout petit triangle reliant la Baie d’Halong à l’extrême Nord-Est, puis retour à Hanoi via la route de l’Est.

Jours 1 et 2
Comme des rois sur la Baie d’Halong

 

en bas à gauche, notre toute petite jonque
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Toute mon enfance, chaque fois que nous expérimentions la dégustation d’un met exceptionnel ou la visite d’un endroit superbe, ou encore les deux en même temps avec un verre de très bon vin, mon père s’exclamait «On est comme des rois !». C’est la première pensée qui m’a traversé l’esprit, quand nous nous sommes retrouvés tous les 4 sur la jonque de Viet Attitude, à peine 3 heures après notre atterrissage à Hanoi. Nous étions accompagnés par notre guide Trung, le Capitaine et son assistant, que nous avons surnommé le Silencieux. Je vous épargne la description de la Baie, dont la beauté dépasse l’entendement. Assise les pieds dans l’eau, à l’avant de la jonque, pendant que le Silencieux éminçait des calamars et de la citronnelle et que les enfants interrogeaient Trung sur ses devoirs de français, j’ai pris du bonheur en réserve pour les 100 ans à venir. Avant de passer la nuit dans un cirque de pains de sucre, peuplés de geckos et d’oiseaux chanteurs, nous avons rendu visite à une famille connue du Capitaine, où une petite fille de 2 ans à peine vivait avec ses parents et sa grand-mère sur un petit bateau relié à un ponton flottant. Tous ou presque élèvent des poissons sous leur maison car il n’y a presque plus rien à attraper dans la Baie, à cause d’une pêche trop intensive, mais aussi, hélas, de la pollution…

Jours 3 à 9
On n’est pas au Club Med…

Nous avons eu raison (c’est un conseil d’ami) de commencer par la Baie d’Halong, où nous avons pu nous reposer, entre deux baignades et dégustation de fruits de mer et de terre (le rêve, je vous le dis !), car les jours qui ont suivi n’ont pas été de tout repos. Nous ne voulions pas du « tourisme de masse », mais une véritable immersion en milieu rural parmi les ethnies minoritaires. Le Viêt-Nam est un vrai miracle ethnique. Sur un territoire restreint, il abrite la mosaïque de civilisations la plus dense de la planète. En effet, à côté de l’ethnie majoritaire Kinh (les Viêt) qui vit dans les vallées et les villes et qui représente 95 % de la population, 53 autres ethnies vivent dans les montagnes du nord et dans les hauts plateaux !

Terrasse sur le lac Ba Be
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Notre première étape s’est faite à l’entrée du Parc National de Ba Be, dans un village Tay. Nous étions reçus chez le chef, dans une maison sur pilotis recouverte de feuilles de latanier. Sous un sol en bambou, s’ébattaient canetons, poussins et leurs parents, ainsi qu’un très gros cochon et quelques chiens jaunes. Pendant que madame cuisinait, nous avons marché dans les rizières en espalier et dans la jungle. De retour dans la maison, Guillaume a dégusté la boisson locale (alcool de riz) avec force « Tchouk Souk Kwai » - phonétique qui signifie « à la tienne Etienne » ou un truc dans le genre. Le repas était servi au milieu de l’unique pièce de la maison, devant le feu formé par deux grands troncs traversant la pièce de part en part. Après la dégustation de plats originaux et inoubliables, nous avons discuté autour des braises. Le chef nous a raconté qu’il avait acheté la télé. Au départ, il en était très content, car tout le village venait regarder les émissions chez lui. Mais tous les villageois ont ensuite acheté leur propre poste… Nous avons dormi sous des couvertures fleuries très lourdes, protégés par des moustiquaires et bercés par les ronflements de nos hôtes et les cris du coq qui a fait du zèle dès une heure du matin avec son ami le cochon.

Chutes de BanGioc, ... à 1 mètre de la Chine !
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Seconde étape, au bord du Lac Ba Be, chez Monsieur Dang, chef des bateliers, qui possède également une maison sur pilotis, avec un toit en tuiles rouges. Nous avons traversé le lac en bateau, pour rejoindre les chutes d’eau de Do Dang et terminé la journée sur une terrasse en bambou, face aux rizières qui bordent le lac. Difficile de décrire la magie des lieux et de ce geste répété du repiquage du riz, dont la grâce ferait presque oublier la douloureuse position du dos. Les enfants de la maison ont expérimenté les joies de la Game Boy et rigolé de nos efforts de communication en langue locale. Petit déjeuner de nouilles sautées sur la terrasse et nous sommes repartis, apprenant au passage que les chiens locaux ne vieillissent jamais au-delà de 3 ou 4 ans. Chiots, ils amusent les petits de la maison, jeunes chiens, ils montent la garde, adultes, ils font un bon ragout…

Femmes Tay au marché
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Nous sommes restés deux nuits à Quan Huyen, au Nord Est du Viêt-Nam, pour visiter quelques sites extraordinaires, dont les chutes de Ban Gioc, à la frontière chinoise, et quelques grottes tout à fait impressionnantes. Pourtant, bien davantage que les endroits-à-ne-pas-manquer, ce sont les rencontres exceptionnelles qui ont marqué ce séjour. Au détour d’une route de montagne, nous sommes tombés sur la fête de la flûte qui rassemblait près de 2.000 personnes dans une petite vallée. Tout ce beau monde, des ethnies Tay et Nung, en costume traditionnel indigo et noir, brodé de

Femme Nung et son beau bébé
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fils multicolores, buvait, mangeait, rigolait, jouait au foot (!) dans une atmosphère joyeuse à peine troublée par notre passage. Plus loin, marchant dans les champs, nous avons répondu aux dizaines de « bonjour » lancés par les paysans locaux, pour finir invités dans la maison d’une très vieille dame au regard et au sourire inoubliables.

Au fil des jours qui ont passé trop vite, notre guide de montagne, Hay, s’est déridé et a quitté son discours d’écolier pour nous raconter des secrets et nous parler de sa vie de fils de paysan. La famille de monsieur Qui You nous a accueillis dans un grenier, à l’arrière d’une façade en béton peinte en mandarine, identique à toutes celles qui ont remplacé les traditionnelles maisons de bois locales. Ces gens adorables, de l’ethnie Nung, nous ont cuisiné les spécialités locales et promenés à pied dans des endroits extraordinaires, hors du temps.

Langson
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Nous avons ensuite rejoint Lang Son, à la frontière chinoise, pour un retour perturbant à la société de consommation, incarnée par le plus gigantesque marché de produits « Made in China » de tout le Viêt-Nam. Au centre ville, nous avons parcouru pendant des heures le marché agricole, émerveillés par les légumes, fruits et fleurs locaux, intrigués par les techniques de découpage de la viande et du poisson et parfois horrifiés par certains produits, tels que des yeux en bocal ou des bidons de sang destinés à la fabrication d’une sorte de boudin. Nous y avons rencontrés des paysans de l’ethnie Man, habillés en tissu écossais rouge et vert extrêmement gentils.

A proximité de Lang Son, en haut du mont Mau Son, nous sommes tombés, par hasard, sur un groupe de Dao Rouges revenant de Lang Son.

Femme Dao rouge
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L’ethnie Dao est sans doute l’une des moins « modernisée » des minorités. Elle vit dans de très petits villages, situés dans des lieux difficilement accessibles. Ils aiment beaucoup rire et nous avons partagé un moment inoubliable avec eux, au bord de la route, surtout lorsque nous avons vu tout ce qu’ils rapportaient du marché. Un pauvre cochon, dans un panier, était complètement recouvert de sacs, cartons, cagettes…

Jour 9 à 14
Les charmes d’Hanoi, les roses de Rose et les papillons de Cuc Phuong

Après ces 6 jours en montagne, nous avons considéré notre petit hôtel de la vieille ville d’Hanoi comme un véritable palace, nous roulant sur les lits, nous lavant à grande eau (enfin…). Pour couronner ces retrouvailles avec l’opulence capitaliste, nous avons testé le Cha Ca (poisson chat grillé dans un brasero : très bon mais dangereux) en compagnie d’un ami néo-zélandais venu nous retrouver pour quelques jours.

J’ai passé près de deux mois à Hanoi en 1998, dont trois semaines avec Guillaume et Jean, je connais donc très bien la ville, arpentée de long en large avec notre ami François PARISSE. Dans le vieux centre, rien n’a changé, excepté la circulation où l’on a du mal à apercevoir encore un ou deux vélos. Autour de la ville, c’est l’explosion de constructions en tous genres et de toutes tailles. Des usines s’implantent chaque semaine et les bâtiments destinés à loger les ouvriers s’ajoutent aux sites de production.

Plein de Roses à Ninh Binh
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Après deux jours de retrouvailles avec la ville, nous avons loué une voiture pour Ninh Binh, pas seulement pour faire découvrir Hoa Lu et les grottes de Tam Coc à notre fille et notre ami kiwi, mais aussi pour rendre une petite visite à un hôpital particulièrement important pour nous, puisque Rose y est née il y a 9 ans. Elle a offert des roses aux dames qui attendaient sa visite avec impatience. Elle en a reçu aussi.

Grâce à notre interprète, nous avons évité la visite des grottes de Tam Coc au départ habituel et pris un bateau plat depuis une exploitation agricole, beaucoup plus calme. Nous avons vu toutes sortes d’oiseaux, qui fuyaient peut être l’agitation touristique de l’embarcadère voisin de deux kilomètres…

Notre dernière excursion a été pour le parc de Cuc Phuong, que je recommande à tous les amoureux de la nature.

L’arbre de 1000 ans, au parc de Cuc Phuong
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Nous y avons passé une journée formidable, marchant dans la jungle à la recherche de singes (que nous n’avons jamais vus), entourés par des milliers de papillons blancs, turquoises, oranges et parfois par quelques bonnes grosses araignées. La magie du parc est liée à la présence d’arbres millénaires, dont certains sont tellement énormes, qu’il faut plus de 20 personnes pour en faire le tour ! Il est possible de rester plusieurs jours dans le parc, pour le parcourir à vélo ou à pied. Les hébergements se font dans de petites cabanes en bois sur pilotis.

Notre voyage s’est terminé à Hanoi, par une journée de promenade sans but particulier, dans les rues, au hasard… Nous sommes repartis le soir à minuit, et avons été surclassés par la Vietnam Airlines : the cherry on the cake !

Pour toutes les coordonnées des divers prestataires, envoyez un mail à flavienajean@wanadoo.fr !

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