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Dossier Psychologie

Que dire à l'enfant ? Quand ? Comment ? (extrait bulletin n°16)


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Dans les précédents numéros du Bulletin, des parents membres de Fleur-Blanche ont exprimé leurs interrogations et leurs soucis mais aussi leurs attitudes et leurs réponses aux questions de leur(s) enfant(s) à propos de l’adoption. Aujourd’hui c’est Françoise VIEL qui apporte sa contribution à cette réflexion. Pour ce faire, elle soumet à notre lecture un extrait de « Votre Enfant », la bible de la pédiatrie, une brique de 1380 pages... référence de renom en la matière.

La rédaction


La question se pose pour l'enfant adopté très jeune.
La révélation à l'enfant de son statut d'adopté est inéluctable puisque l'acte de naissance porte mention de l'adoption, même s'il ne contient aucun renseignement sur la famille d'origine.
L'enfant donc, un jour ou l'autre, le saura.

Quand ?

Le plus tôt sera le mieux et ce, pour plusieurs raisons.
L'expérience prouve que le mensonge, même par omission, est très mal vécu par les parents qui s'en rendent coupables. Ils vivent dans l'angoisse d'une part d'avoir à le dire plus tard et d'autre part que l'enfant l'apprenne incidemment, par hasard par une tierce personne. Cette angoisse se ressent dans leur attitude, dans leur comportement et l'enfant perçoit ce malaise même s'il n'en comprend pas l'origine.
La révélation de son état par quelqu'un d'autre que ses parents adoptifs entraîne de très graves perturbations chez l'enfant qui, d'un coup, voit toute sa confiance, s'écrouler.

" Les enfants devraient savoir qu'ils sont adoptés aussitôt que possible et il faudrait que ce soient les parents adoptifs qui les informent. En effet, les enfants finiront par découvrir la vérité d'une façon ou d'une autre. Chez un garçon ou une fille tous deux normaux, j'ai souvent observé que la cause d'un changement pour le pire provenait d'une remarque entendue sur le chemin de l'école, émanant de l'enfant d'une voisine qui répétait ce qu'il avait entendu dire par des adultes qui ne savaient pas que leur conversation était écoutée. Il faut se souvenir que les enfants vivent des vies complètes et qu'ils sont appelés à rencontrer la haine et la rancune aussi bien que le plaisir et les jeux. A un moment imprévisible des mots jaillissent, intentionnellement chargés de méchanceté: "Tu n'es pas l'enfant de tes parents." En elle-même, la méchanceté ne ferait pas de mal - elle fait partie de la vie et elle est mêlée à la gentillesse - mais, pour l'enfant adopté, la pointe est dans la découverte, une découverte qui, en ellemême, pourrait ne pas être nécessairement mauvaise." (D.W. Winnicott)

Dès le début, les parents doivent donc évoquer de façon naturelle l'état de leur enfant dans leurs conversations entre eux ou avec des amis. Ce n'est pas une honte d'en parler.
C'est vers 3 ou 4 ans qu'il importe de mettre les choses au point. C'est l'âge où l'enfant pose des questions sur le corps, sur le sexe, sur le mystère de la naissance.
 

Dis maman, moi aussi, j'étais dans ton ventre ?

Cette question, beaucoup de mères adoptives la redoutent. Beaucoup y pensent, beaucoup en rêvent, beaucoup en discutent avant ou après la décision d'adopter.
La réponse, pourtant, doit être nette, claire, précise, adaptée à l'âge de l'enfant, franche mais surtout naturelle.
Pas de réponse évasive, pas de faux fuyant; ce serait le meilleur moyen de perturber de façon durable l'enfant.

Non! Il y a deux façons d'avoir un enfant. On peut le porter dans son ventre, c'est vrai ou le choisir dans une maison. Toi, je t'ai choisi.

Les questions suivantes, ce sont souvent :
- Pourquoi, je ne suis pas comme les autres ? Pourquoi tu n'as pas pu me porter dans ton ventre ? J'ai quand même été dans un ventre, lequel ?
- Tu es comme les autres. Tu n'étais pas dans mon ventre parce que je ne pouvais pas te porter (tu étais trop lourd, j'étais trop fatiguée, etc.). C'est une autre dame qui t'a porté dans son ventre et puis après, je suis allé te chercher.

Il faut éviter d'insister sur le côté "spécial" de cette filiation. Pour certains psychologues, il ne faut pas dire à l'enfant adopté qu'on l'a "choisi" parmi d'autres enfants disponibles car cela pourrait le culpabiliser, l'angoisser s'il ne parvenait pas à combler les attentes de ses parents. Cet argument a une connotation défaitiste et ne nous parait pas valable en pratique. Il est certain qu'il faut éviter de répéter sans cesse à l'enfant qu'on l'a choisi pour telle ou telle qualité et que donc il faut qu'il en soit conscient, reconnaissant et qu'il démontre dans ses faits et actes qu'il méritait cette confiance. Cette insistance serait évidemment perturbante pour l'enfant. Mais dire à un enfant de 5 ans qu'on l'a choisi parce qu'il était mignon, gentil, qu'il avait des cheveux blonds ou bruns, tous caractères indépendants de sa volonté, ne peut que le valoriser et lui faire plaisir. Sentir qu'il a été désiré, choisi est pour l'enfant un sentiment très positif et rassurant.Lorsqu'il y a d'autres enfants dans la famille, et surtout lorsque l'enfant adopté est d'une race différente, les questions ne tardent pas à se poser.
 Elles viennent aussi bien des amis, des voisins, des commerçants du quartier que des camarades de classe. Les enfants doivent dès le début baigner dans l'atmosphère de cette double possibilité d'avoir des enfants: ventre et choix. Il faut qu'ils comprennent que, quelque soit leur mode d'arrivée dans la famille, leurs parents sont et resteront toujours leurs parents, qu'il n'y a pas de différence.

Il faut éviter également de dire du mal de la mère biologique, celle qui l'a porté car cela le blesserait.

L'enfant demande souvent pourquoi celle qui l'a porté n'est plus là. Il faut lui répondre qu'on ne sait pas mais que si elle avait pu le garder, elle l'aurait fait.
Un enfant aimé et éduqué normalement, par des parents équilibrés, conscients de leur choix, non complexés, accueillera sans émoi cette "soi-disant révélation" qui doit être dédramatisée et s'intégrer naturellement dans l'information sur la sexualité et la grossesse.
Plus tard, souvent à l'adolescence, l'adopté voudra en savoir plus sur ses origines. Ce "droit à la révélation des origines" est étudié par plusieurs organismes dans le monde tels que le Conseil supérieur de l'adoption en France ou l’Académie américaine de pédiatrie.

"L'enfant a besoin de connaître son histoire. On peut se construire sur un passé difficile mais connu et assumé, on ne peut pas se construire sur un vide." (Verdier)

"Il est très naturel qu'un adolescent ou une adolescente chercher à découvrir tout ce qu'il y a à découvrir sur les parents véritables. Il est certainement dans l'ordre des choses qu'un être humain cherche à connaître le commencement." (D.W. Winnicott)
 

Extrait pages 1239 et 1240 de « Votre Enfant »
des Dr Lyonel ROSSANT et Dr Jacqueline ROSSANT-LUMBROSO
Editions Robert Laffont
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