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« Naître là-bas, grandir ici » : changer le regard sur l’adoption.
31 mai 2008
Par Marie-Anne ARCHAMBAULT

Fleur Blanche et Destinées ont eu l’heureuse initiative d’inviter Monsieur le Docteur Jean-Vital de Monléon pour une conférence salle Raugraff à Nancy.
Un large public a retenu son samedi 31 mai pour écouter ce Docteur en chemise Tahitienne. Nous étions 140 personnes environ : quelques personnalités du Conseil Général de Meurthe et Moselle et du Conseil Régional de Lorraine ; des membres de Fleur Blanche, des futurs adoptants destinéens, des membres d’EFA 54 ou tout simplement des parents d’enfant adoptés.  

Jean-Vital de Monléon commence sa conférence par une rapide présentation.
Il nous explique tout d’abord qu’il est pédiatre au CHU de Dijon. Il a créé en 1999 une Consultation d’Adoption d’Outremer qui lui a permis de rencontrer plus de 1300 enfants adoptés. Il a suivi 500 d’entre eux en 2007 et fait ainsi de la C.A.O. la plus grande consultation pour enfants adoptés en Europe.

Il soutient ensuite qu’il est chercheur en anthropologie car selon lui l’adoption ne peut pas se comprendre uniquement sous un angle médical. Il faut appréhender le bien être de l’enfant et de sa famille dans son entier.
Sa réputation lui a ouvert les portes du Conseil Supérieur de l’Adoption où il travaille à changer les mentalités sur l’adoption.
Enfin, il est père de trois enfants adoptés en Polynésie et prend soin depuis du choix de ses chemises…


Cette présentation suscite notre curiosité. Nous avons tous déjà beaucoup lu sur l’adoption et ne percevons pas encore ce que cette conférence va nous apporter. Mais l’introduction de son exposé donne le ton et nous invite à changer notre regard sur l’adoption. 

Ses propos sont structurés autour de deux grandes idées :
  • Le souci du bien être de l’enfant qui ne se limite pas à l’aspect médical.
  • Le changement des mentalités, thématique de son livre où il écrit :  « Je voudrais montrer qu’une filiation réussie n’est pas nécessairement une filiation biologique, que la part de l’affectif et de l’amour est plus souvent important que celle de l’inné »
Nous sommes dès à présent conquis !



Cette acception de l’adoption va lui permettre de donner des conseils pour vivre trois moments importants de la vie de notre enfant : la préparation de son accueil (I), la prise en charge de ses problèmes de santé (II) et la compréhension de son adolescence (III).


I- Préparer l’accueil de l’enfant adopté

Pour Jean-Vital de Monléon, il est important que les parents se posent les bonnes questions. Il a bien conscience qu’on n’est jamais tout à fait prêt et qu’il n’y a pas de « bonnes » réponses. Mais réfléchir sur l’adoption est une très bonne manière de s’y préparer.
Il nous soumet 7 questions à titre de travaux pratiques.

1 - Sommes-nous prêt à adopter un enfant ?
Lire, communiquer, se renseigner…

2 - Avons-nous bien défini nos limites ?
Prendre conscience que nos limites ne sont pas celles des autres…

3 - Connaissons-nous le pays de notre enfant ?
Le connaître, le faire connaître à son enfant tout en le laissant à sa place…

4 - Sommes-nous prêt au séjour sur place ?
Papiers administratifs, médicaments, matériels de puériculture…

5 - Sommes-nous protégés ?
Faire le point sur ses vaccinations, l’Hépatite B en particulier…

6 - Connaissons-nous l’histoire de notre enfant ?
Chercher à la connaître (antécédents médicaux, qualité de nursing, condition de la séparation) et ne pas l’entourer de secret…
« Plus encore que l’oubli même c’est le mépris de la vie avant qui est à proscrire »

7 - Avons-nous préparé l’accueil au retour ?
Préparer sa nouvelle vie, son entourage. Ne pas s’isoler. Ne pas penser que tout ira forcément bien et ne pas tout rapporter à l’adoption…



II- L’aspect médical de l’adoption.

Jean-Vital de Monléon expose 4 risques susceptibles d’avoir un lien avec l’adoption. Il met l’accent sur la nécessité de confier nos enfants à des pédiatres ou des psychologues qui ont une expérience de l’adoption. Si l’adoption est un fait social de plus en plus répandu, elle reste encore méconnue par beaucoup.

1 - Les risques médicaux non spécifiques au Viêt-Nam

    - Dépistage systématiques des foetopathies
    - Contrôle des vaccinations

Jean-Vital de Monléon nous invite à la prudence pour éviter des diagnostics erronés. Il ne faut pas croire que tous les problèmes sont liés à l’adoption. Un enfant adopté est avant tout un enfant comme les autres.

2 - Les risques médicaux spécifiques au Viêt-Nam.

- Le paludisme, les hémoglobinopathies (anomalies des globules rouges responsables d’anémie), les parasitoses intestinales, l'ectoparasitose (la gale et plus rarement les teignes de la peau et du cuir chevelu), la tuberculose, autres pathologies tropicales.
- Les maladies sexuellement transmissibles : SIDA, Syphilis et Hépatite B
- La dénutrition, la carence affective, les troubles de l’attachement
- L’impact de l’agent orange (défoliant) est exagéré.

Jean-Vital de Monléon met l’accent sur la nécessité de faire un bilan d’arrivée auprès d’un professionnel de l’adoption. Il s’attarde ensuite sur l’Hépatite B pour nous rappeler qu’il ne s’agit pas uniquement d’une MST. Le virus peut être contagieux par simple cohabitation avec contacts rapprochés. Il préconise une vaccination pour les parents avant le départ et un suivi régulier pour l’enfant.

3 - Les risques adoptifs de la croissance.

En dehors des différences de mensuration d’origine géographique, de véritables retards de poids et de taille existent, provoqués par la malnutrition et la carence affective.

- Le nanisme psychosocial : malgré une alimentation adéquate, des enfants privés de soins, d’attention et d’amour peuvent souffrir d’importants retards de poids et de taille. Mais heureusement la croissance est modifiable par l’environnement.
   
- La puberté précoce : elle se définit comme une puberté débutant avant l’âge de 8 ans. Si elle n’est pas diagnostiquée suffisamment tôt, elle peut avoir des conséquences graves : une petite taille adulte et un mal être pour la petite fille. A la différence des jeunes garçons, la puberté des jeunes filles dépend beaucoup de la nutrition et du poids. La puberté précoce est donc rare chez les garçons.
La cause de ce phénomène serait un changement nutritionnel important. Les symptômes sont un accroissement trop rapide de la taille et une maturation trop rapide des os.
En conséquent, Jean-Vital de Monléon propose de contrôler, dès leur arrivée, l’âge osseux des petites filles par une radiographie de la main et du poignet. Cet examen servira de référence. Il faut ensuite surveiller scrupuleusement leur croissance. En cas d’accélération, il faut recontrôler l’âge osseux afin de vérifier qu’il n’augmente pas plus vite que l’âge réel.
Le traitement consiste à freiner la puberté par une injection intramusculaire mensuelle. Il est simple et efficace.

- La puberté avancée : il ne s’agit pas d’un phénomène pathologique, mais normal qui se déroule juste un peu trop tôt. Il n’y a pas d’inquiétude à avoir sur la taille finale des enfants. Mais le traitement peut être proposé dans un but psychologique. La puberté ne modifie pas seulement la taille, mais aussi la mentalité.


4 - Les troubles psychologiques

Jean-Vital de Monléon constate que les parents adoptants consultent plus les psychologues que les autres parents. Mais il affirme que cela ne signifie pas qu’ils aient plus de problèmes. Selon lui, l’adoption semble encore contre nature dans la pensée occidentale. Le lien social ne semble pas pouvoir remplacer le lien biologique et l’enfant adopté « ne peut aller bien ». Monsieur de Monléon nous invite ici à dépasser ces préjugés. La cause des soucis de notre enfant est souvent autre chose que l’adoption.
   
Petite illustration : un petit Vietnamien met le bazar dans sa classe. Sa maîtresse déclare que cela ne pouvait en être autrement puisqu’il a été adopté. On parle alors de troubles de l’attachement. Après consultation, Jean-Vital de Monléon l’envoie chez l’ophtalmo. Le jeune garçon revient avec de grosses lunettes et devient assidu en classe…

Cette prudence ne doit pas exclure l’hypothèse de problèmes psychologiques liés à l’adoption. Mais un professionnel de l’adoption saura faire la différence.


III- L’adolescence de l’enfant adopté : les ado(« au carré »)

L’enfant adopté peut rencontrer des problèmes pendant son adolescence ;
Monsieur de Monléon suspecte cinq causes :

1 - L’avant adoption
L’innée, la maltraitance, les carences…

2 - L’adoption
Les troubles de l’attachement, la séparation…

3 - La famille adoptive
L’absence du deuil de l’enfant biologique, maladresses, fatalisme…
   
4 - La société
L’école, les copains, les regards sur la différence…

5 - L’adolescence

Période de mutation obligatoire…

Encore une fois, Jean-Vital de Monléon nous invite à la prudence. Le mal être des ados n’est pas un problème propre à l’adoption. C’est une étape à laquelle est confronté chaque parent. Chaque ado est différent. Les solutions sont donc différentes…


Après deux heures de conférence, Jean-Vital de Monléon conclut en ces termes :   «l’objectif premier de l’adoption doit être le bonheur de votre enfant».
La salle applaudit ce discours plein d’humour qui appréhende l’adoption sous l’angle du bonheur ! MERCI.



Les questions fusent. Nous en retiendrons quelques unes.

1 - Comment faut-il réagir face aux troubles du sommeil ?
Les troubles du sommeil sont très fréquents dans les premiers mois. « Dormir c’est mourir un peu ». Les enfants veulent rattraper le temps perdu. Il faut agir par étapes et toujours le rassurer. Il ne faut pas hésiter à poser des limites. « L’éducation est un équilibre difficile entre souplesse et fermeté !»

2 - Faut-il être inquiet pour notre aîné en cas d’adoptions successives ?
L’adoption ne change pas grand-chose à cette nouvelle étape de la vie de famille. Il faut s’adapter à son enfant et lui expliquer que ses parents ont assez d’amour pour deux.

3 - Comment apprendre à notre enfant à réagir face au racisme ?
Avec de l’humour !! Ne pas hésiter à l’appeler mon petit chinetoque…

4 - Quel est le moment propice pour un retour au pays ?
A tout moment. Mais si l’enfant est grand il faut respecter sa volonté de ne pas y retourner.

5 - Doit-on tout dire à notre enfant ?
Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Il ne faut pas hésiter à se faire aider si la réalité est trop dure. Mais dans tous les cas, si l’enfant refuse d’entendre son histoire, il faut respecter son choix.

Toutes ces questions font l’objet d’une étude approfondie dans son livre.






La séance question est suivie d’une longue séance de dédicace et d’échanges chaleureux. Les portes se fermeront vers 18H30. Nous remercions sincèrement Fleur Blanche et Destinées pour cette conférence didactique qui nous rapproche un peu plus de nos enfants.
Merci aussi à toutes les petites mains qui ont assuré la logistique.
A quand la prochaine conférence ? On est impatient…

Retrouvez en cliquant ici un PDF de sa présentation (9 Mo)

Bibliographie de notre auteur :

De Monléon J.-V., Naître là-bas, grandir ici, Edition Belin, 2003

De Monléon J.-V., Dautremer R., Les deux Mamans de Petirou, Hachette Jeunesse, 2001

Adresse Utile

La Consultation d’Adoption d’Outremer au CHU de Dijon
cao@chu-dijon.fr   
03.80.29.33.59
  Hoa Trang - Fleur Blanche (association loi 1901)
chez Monsieur Sylvain AJAS - 77 avenue du XXème Corps 54000 NANCY
 
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